Nord-Sud-Est-Ouest

J’ai écrit ceci pour le concours «La Nature, Ça Compte» du Réseau Canadien d’Information (RCIB) sur la Biodiversité, un concours lancé dans le cadre de l’année internationale de la biodiversité (2010).

Nord

Au Nord hurlent les vents froids de l’Arctique, balayent la toundra et font tourbillonner neige et glace. C’est un monde hivernal d’une beauté féroce. Même dans le fond glacé du Nord Canadien, la vie fleurit. Les êtres vivants qui y habitent sont doués d’un courage, d’une envie de vivre sans pareil. D’un humble lemming au timide renard arctique, en passant par l’harfang des neiges qui plane au-dessus de son territoire, jusqu’au fier ours polaire qui règne sur son royaume de glace, tous appartiennent aux vents glacés de cet univers nordique. Ils y vivent en équilibre, au rythme des saisons.

Mais lorsque la glace cesse de se former, la neige cesse de tomber, les animaux et les plantes cessent de danser. L’équilibre fragile brisé, lourdes machineries traversent la toundra, réduisent en poussière tout sur leur chemin, avancent impitoyablement, brisent, détruisent. Déchirent en lambeaux le royaume de glace en quête de l’Or Noir. L’harfang des neiges gît sur le sol, son plumage d’ivoire taché de rouge, ses grandes ailes affaissées sur son corps. L’ours, le roi du royaume de glace, se perd au large, impuissant face à ce monde changeant.

Sud

Au Sud s’élèvent les forêts majestueuses. Des arbres anciens tendent leurs branches recouvertes de lichens et de mousses vers le ciel. Une paruline bat des ailes,  observe le paysage. Étalé devant elle est un réseau de lacs miroitants et d’îles. Par moments se font voir des orignaux broutant au bord de l’eau. Les oiseaux chantent paisiblement, et le soir, les grenouilles s’ajoutent à l’orchestre. Parfois, dans le lointain, les loups joignent la symphonie.

Abattue est l’ancienne forêt carolinienne, l’eau du lac devient trouble. Les orignaux ont détalé, les loups se sont retirés, au fond de leur territoire, loin, loin de l’humanité. La paruline orangée a fui à coups d’ailes rapides, cherchant en vain un nouveau refuge. Elle réalisera bientôt qu’il n’en reste plus. L’orchestre de la Nature s’est tu. Remplacé par la clameur d’un centre d’achat.

Est

Les vagues s’abattent sur la côte, s’effondrent avec un soupir grésillant contre les falaises escarpées. Des mouettes dansent dans le vent, s’élancent en riant vers les vagues tumultueuses. Le ciel est recouvert de brume, mais de temps en temps apparaît un soleil resplendissant de mille feux. Les poissons chevauchent les vagues, tels des oiseaux marins.

Sur la plage court un petit oiseau couleur sable, un collier noir autour de son cou. Il a l’allure timide et ses petits yeux brillants surveillent la plage avec attention. Ce n’est qu’après que le vrombissement du véhicule s’est éteint dans le lointain que le pluvier siffleur ose retourner vers son nid. C’est là que l’attend un spectacle désolant. Les œufs gisant à même le sol, parmi les coquillages et les roches, sont écrasés.

Ouest

Les montagnes s’élèvent le long de la côte pacifique, leurs sommets s’étirent vers les cieux. Des profondeurs des eaux marines surgissent de temps à autre les membres d’une famille d’épaulards. Les arbres gigantesques se dressent le long de la côte, telles des sentinelles, et recouvrent les montagnes d’un épais manteau de feuillages chauds et humides.

Les loups de la forêt pluviale sont parmi les derniers de leur espèce. Encore et encore les loups ont été chassés, exterminés. Les plus vieux membres s’en souviennent encore. La neige qui défile sous leurs pattes, l’énergie d’ordinaire inépuisable qui se mue en terreur pure. Les coups de tonnerre qui jaillissent du ciel. Encore et encore. Le son lourd d’un compagnon qui s’effondre dans la neige. Une mort subite, silencieuse. Futile. L’hélicoptère poursuit son vol. Les yeux des humains assis derrière le verre sont durs, impitoyables. Sans merci.

…Cependant,… dans chaque recoin du pays, dans chaque région… des humains se battent sans cesse. Pour ces animaux, pour ces plantes, pour ces espèces qui souffrent de nos actions. Ils sont des enfants, des artistes, des écrivains, des politiciens, des enseignants. Ils cueillent les corps meurtris, redressent du mieux qu’ils peuvent les forêts effondrées. Ils érigent une barrière entre le pluvier siffleur et les véhicules destructeurs, ils recueillent avec tendresse et chagrin la carcasse du loup, ils protestent en écrivant, en dessinant, en parlant, en agissant. Et, peu à peu, leur message se fait entendre. Peu à peu, au Nord, Sud, Est et à l’Ouest.

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